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CHANSON

ALBIN DE LA SIMONE
ven 5
MAI.
2023
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Théâtre Ledoux, Besançon (25)
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32 euros
Place PMR - réservation par mail  : billetterie@lbqp.fr
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À propos

On l'avait laissé sans voix, en 2021, le temps
d'un album instrumental baptisé Happy end. Heureuse, cette initiative 
l'était assurément, tant elle remettait au centre de l'attention Albin 
de la Simone comme musicien flexible, arrangeur vif-argent, fabriquant 
de sons joyeusement farfelu et de délicieuses histoires sans paroles qui
en disaient pourtant beaucoup. Quant au mot « fin », heureusement il ne
fallait pas le prendre au mot. Avec ce septième album, Albin retrouve 
non seulement son chant, mais il nous promet L'avenir, avec Les cent 
prochaines années comme horizon. De quoi voir venir. 
Six ans déjà après L'un de nous, dernier disque en-chanté, l'inspiration
un temps tarie par l'absence de mouvement dans le monde est revenue 
comme mille flammes, à point nommé pour célébrer vingt années de 
chansons - 2003, premier album - et reprendre le cours de ces grandes et
petites choses qui peu à peu ont façonné un style unique. Cette fois, 
pourtant, le réalisateur qu'il est régulièrement pour les autres (de 
Miossec à Pomme en passant par Vanessa Paradis ou Pierre Lapointe) a 
choisi de ne plus l'être pour lui-même, en confiant les clés à un jeune 
disciple, Ambroise Willaume, alias Sage, par désir de stimulation et de 
renouveau. Sage, savant du dosage déjà aperçu dans l'ombre de nombreux 
chanteurs ne pouvait qu'adhérer à l'idée d'agrandir l'espace autour de 
ce qui est déjà si solidement construit. 
En adoptant ce léger pas de recul vis-à-vis de ses chansons, le 
compositeur-chanteur dévoile pourtant son disque d'auteur le plus 
personnel, à commencer par cette pochette qui le montre, enfant, dans 
les bras de sa mère, dont le titre Petit petit moi décrit avec précision
le contexte. « J'ai envie de toucher de la même manière que j'aime être
touché. Comme il m'arrive d'être bouleversé par les chansons des 
autres, je ne dois plus me poser d'obstacle à l'idée d'émouvoir », 
confie celui qui creuse de disque en disque un sillon de plus en plus 
profond, sans toutefois perdre en chemin sa belle légèreté. Son humour 
aussi, comme lorsqu'on retourne la pochette, et qu'ô surprise, on se 
retrouve face à un cerf impérial signé Rosa Bonheur. Ce décor sylvestre 
rappelle d'ailleurs l'un des endroits de villégiature qui a servi de 
refuge pour l'écriture méticuleuse de cet album, l'hôtel Le Barn, dans 
la haute vallée de Chevreuse, idéal pour aérer l'esprit de chansons qui,
sans en avoir l'air, ont parfois le coeur lourd. Si Les cent prochaines
années, en ouverture, donne foi en l'espoir de beaux lendemains, 
l'album est la chronique équilibrée, voire équilibriste, de 
l'émerveillement et de la douleur, de la rupture et de la renaissance 
amoureuse (J'embrasse plus, Pars, Merveille), du souvenir et de l'avenir
(« Quoi sera mieux, quoi sera pire, qui saura dire ? »), jusqu'à 
l'échappée onirique de À jamais, rêverie fantasque, limite fantastique, 
d'un type en panne qui s'ébroue les sens. 
Au contact de son nouveau complice pas si sage, Albin de la Simone a 
élargi ses focales, en témoignent certains morceaux qui figuraient en 
versions minimales (et instrumentales) sur Happy end, et qui ici ne 
retrouvent pas seulement la voix mais bien une autre vie. C'est le cas 
par exemple de Merveille, valse gymnopédique comme mise en couleur après
une première esquisse. Albin de la Simone, qui dessine et peint, sait 
combien les teintes, ombrages et reliefs importent dans l'exposition 
d'une chanson autant que sur une toile. Ici il a convié un trio de 
musiciens additionnels qui font bouger les lignes et vibrer les 
perspectives : le batteur canadien Robbie Kuster, la virtuose harpiste 
Gustine et le souffleur Thibaud Vanhooland, cousin chanteur sous le nom 
de Voyou, qui fait rutiler ses cuivres comme à la parade. 
Les guitares et les basses de Sage, au contact des claviers d'Albin dans
un esprit sensiblement plus pop qu'à l'accoutumée, donnent également à 
cet ensemble l'apparence d'une fresque élégante mais jamais figée, qui 
se déroule comme un décor en trompe-l'oeil. 
Deux tableaux impressionnistes signés Degas (L'Absinthe) et Manet (La 
Prune), deux femmes aux regards perdus dans des cafés, ont d'ailleurs 
inspiré le texte de « Mireille 1972 », merveille de chanson délicate sur
l'avortement qui foudroie le coeur et tétanise par sa justesse. Cet 
album aura en l'occurrence une résonnance dans l'enceinte prestigieuse 
du Musée d'Orsay, qui invite Albin à présenter ses premiers concerts au 
mois d'avril.
L'autre invitation de ce disque décidément grand ouvert est allée dans 
l'autre sens, à la demande d'Albin, pour un duo avec le Brésilien 
Rodrigo Amarante (Los Hermanos, Little Joy) qui termine ainsi le 
programme avec « Lui dire », ballet à deux voix pour une même femme. 
Noble et sentimental, discrètement voluptueux, d'une musicalité qui 
n'appartient qu'à Albin de la Simone, ce septième ouvrage est bien là 
pour accompagner longtemps et en beauté les jours qui passent. De toute 
évidence au cours des cent prochaines années. 
Et après, on voit.

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